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Escherichia coli (E. coli)


Des multinationales à l’origine de la bactérie tueuse Escherichia coli ?

 

En 2011, une bactérie "tueuse" de la famille Escherichia coli, pathogène pour l’homme, a provoqué, en Allemagne, une épidémie d’hémorragies intestinales infectant 3000 personnes en Europe, et les condui-sant parfois à la mort. Ce nouvel agent pathogène était le clone hybride d’une espèce rare « 0104 : H4 », résistante aux antibiotiques, qui n’avait jamais été observé jusqu’ici dans une épidémie.

D’où venait ce nouveau spécimen ? D’un « transfert génétique horizontal », au cours duquel deux microbes de souches différentes ont « échangé » des portions d’ADN.

Selon la revue Science, « 0104 : H4 » possédait aussi, en plus des gènes de E. coli, un curieux fragment de gène de Salmonella Enterica, susceptible de provoquer la salmonellose.

 

Un jeu dangereux ?

Pendant ce temps, des associations de promotion des biotechnologies végétales (une " Ecole de l'ADN" , une "association des professeurs de biologie et de géologie " (APBG), ainsi qu’une association Deba, "qui regroupe des sociétés actives dans le domaine des biotechnologies végétales (OGM) ", et dont les fondateurs sont les multinationales BASF, Bayer CropScience, Dow AgroSciences, Pioneer, Monsanto et Syngenta, avaient joué à un jeu dangereux.

Sous prétexte d’œuvrer pour "susciter un dialogue constructif sur les plantes biotechnologiques", ces associations vendaient, sur internet, un KIT pour  "créer soi-même une nouvelle souche d'Escherichia coli mutante et résistante aux antibiotiques". Ce "KIT  pédagogique" était à destination des élèves de collège et de lycée. Il comportait les bactéries, le plasmide, les matériaux nécessaires et le mode d'emploi, un protocole expérimental, pour « créer sa propre colonie d' E . coli génétiquement modifiés résistants à l'ampiciline ». Le tout pour 85 €... Ce KIT a été précipitamment retiré de la vente après l’apparition des problèmes et après parution d’un article du Canard Enchaîné dénonçant cette prise de risque inconsidérée. Les associations ont déclaré n’en avoir vendu "qu’une centaine"  et n’ont pas été inquiétées.

Parallèlement, on s’acharnait à identifier, non pas la provenance de ce spécimen étrange, mais le vecteur de transmission (concombres, tomates, graines germées...), un peu comme si, pour lutter contre les trottoirs pleins de crottes de chiens, on vous expliquait juste, de long en large, comment nettoyer vos chaussures.

Comme par hasard, ce vecteur de transmission venait... de loin et aurait été... bio. Pratique. Alors que n’importe quoi aurait pu être souillé par cette bactérie. Car le système de production alimentaire globalisé, qui se développe depuis une trentaine d’années, est insensé. Il nous a déjà apporté la maladie la vache folle, la grippe aviaire... Des investisseurs réalisent des profits énormes en industrialisant et en concentrant de plus en plus la production, le transport, le stockage, le condi-tionnement et la distribution de notre nourriture. Ce conditionnement, obligatoire pour faire voyager nos aliments sur de longues distances, introduit de nombreuses inconnues.

En fait, si le vecteur de transmission est vraisemblablement un aliment cru, il n’a jamais vraiment été identifié : un légume, un fruit, une farine, un fromage, mais aussi une viande mal cuite a pu transporter la bactérie.

Car les épidémies d’hémorragie intestinale liées à certaines souches d’E.coli sont connues depuis une trentaine d’années aux Etats-Unis, où des antibiotiques sont donnés aux bêtes pour leur faire prendre du poids. Elles affectent 110 000 personnes par an et, en 2009, une étude du Centre de prévention et contrôle des maladies, estimait que 42% des patients avaient contracté une hémorragie intestinale à E. coli en consommant de la viande mal cuite. C’est la fameuse "maladie du hamburger".

En Europe, les grands élevages industriels en batterie sont aussi de formidables incubateurs d’E. coli. Depuis une dizaine d’années, la prolifération de ce bacille est dopée par les nouvelles méthodes d’engraissage (notamment à base d’ensilage de maïs) qui permettent une prise de poids rapide des bêtes, mais modifient considérablement leur flore intestinale. Sur une bouse de vache, un an après son émission, on retrouve E. Coli., et la concentration de germes dans des espaces confinés accroît la probabilité de leur mutation.

Avec la mondialisation, les circuits sont complexes, globalisés, extrêmement difficiles à tracer. Saviez-vous que, pour réduire les coûts, les légumes sont cultivés dans un pays, nettoyés dans un autre, empaquetés dans un troisième ? Que les crevettes que nous mangeons ont pris l’avion dans les 2 sens, pour aller se faire décortiquer au Maroc ?

Les risques deviennent trop sérieux. Il faut rompre avec la logique du profit privé et instaurer d'urgence une politique alimentaire qui réponde aux intérêts de l'humanité et de l'environnement.

Pour l’avenir de nos enfants, nous pouvons soutenir des organisations paysannes liées à Via Campesina (Uniterre en Suisse, Confédération Paysanne en France) qui tentent d’instaurer le concept de "souveraineté alimentaire", non réductible à une politique commerciale. Ce concept de "bon sens" lie  la défense de la santé des consommateurs (sécurité de l’alimentation), des préoccupations écologiques (culture biologique de proximité, seule capable, selon l’ONU de nourrir correctement la planète) et des conditions sociales de production correctes (maintien d’une petite agriculture paysanne).

S’alimenter est un geste vital : les terres agricoles et leurs produits sont des biens communs essentiels de l'humanité. Protégeons-les.

D’après J. Batou et Confédération paysanne.

 

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